Rêve rêve rat anonyme/Repus de grimoires/Bientôt digérés/Dans le grenier nulle-part/Règne un grand froid nostalgique/Désirs de graisse et de croutes chancies/Vieux restes indéfinissables/Lacunes de famille.
Par-dessus les murs des banlieues
Par-dessus les murs des banlieues/Déliquescence du papier peint dans la chambre nuptiale/Modernité moqueuse du lever du jour/Jardins immémoriaux des hospices/Poème d’équinoxe pour ange ivre/Nuit blanche viol d’horloge/Musiques musiques nuances sentimentales/Tempête sous le chapeau ravage les neurones/Panique du rivage sous l’orage/Fleurissons les tombeaux des femmes sensuelles/Sève et plaisir de l’amante/ Vieille réminiscence du serpent/Il l’a possédé sur un tas de charbon/Un soir de hasard sous la lune/Tout près d’une voie ferrée longue et banale/Sous l’immense toit d’un ciel étoilé/Anecdote ou légende de l’amoureuse ignorée/Vertige oubli repentance d’un jour commun ordinaire/Quelque part au-dessus des grands froids/Quand la bise du soir siffle dans les serrures/En hiver quand agonisent les flocons de misère/Lorsque la neige fond au glauque caniveau/Sans glaives et nus dans leurs hardes usées/Gros visages intemporels mille fois fracassés/Terminus de vieillards/On les voit débarquer/Secs et noueux comme une gravure de Goya./Telle une énigme.
Hiver de pierre hostile
Ville froide poison absurde
Folie de cubiste fécond
Paysage spectral monstrueux
Clapiers de crucifiés maussades
Mansardes cellules cachots
Où flottent des rideaux rouillés
Où vivent des anges repus
Aux gueules grotesques de gargouilles
Villes cités mortes cimetières
Où vomissent des rivières
Dont les poissons sont absents
Boulevards avenues artères
Aux relents de pétrole
Aux fumées de personne
Opium damné des usines
Diarrhées et pets des automobiles
Villes de taupes hibernantes
Où l’homme mauvais loup transhume
Des caves aux greniers
Villes grises de misère
Sans arbres somptueux
Où il pourrait se pendre
Sans coquelicots écarlates
Qui fleuriraient sa tombe
Sans chevaux sans fauves
Sans renards sans mystère
Sans germinations sans fagots
Sans rien qu’un mauvais sort
Qu’un lacis de rues
Couvertes d’hiéroglyphes absurdes
Vendant des squelettes
Ou des ombres
Des miroirs des meurtres et des carnavals
Ruelles dédales labyrinthes
Où flottent des apparences
Et où errent des perdus sans boussole
Des perdus des perdus des perdus
Angoisse
de sang coagulé
Sordide
Vie latente
Froide
Marginale
Comme tombe
Ou crypte
Ou cachot
Masques de brume
Schizophréniques
Glacés et silencieux
Fatalités dormantes
Haleines pâles
De frayeurs
Châteaux luxueux
de misères
Masques archaïques
Odeurs d’alcôves
De parcs en agonies
De pluies sur des tôles rouillées.
Aventures goulets de cendres
Tropiques stridentes
Soudaines montées de sève
Ombre envenimée d’une enfance pourtant riante
Dans les boulevards froids mon temps saigne
Convulsions d’une jeunesse assassinée
Silencieuse ______________________ désormais
Mon meurtrier est un portier d’hôtel
Ah ! Regrets envahissants souvenirs plombés
Cruels cinémas d’antipodes
Intimes comme fleurs d’hibiscus
Frasque de noyé nu sous son manteau
Mort simplement cuit dans la friture ardente
Poète à l’armure de braise –menteur
Fumeur malhonnête de tabac à priser
Contrefacteur malheureux comme galets
Transparent oublié tel mille volcans
Vieux comme l’aube des siècles et des siècles
Ainsi soit Moi l’enfant millénaire.
Le monstre inassouvi
Combat hurlant une atroce solitude
Mystérieux souffle ricochant sur l’étang
Ou planant ou planant
Le long du Cimetière
Des Yéniches campent près des orties blanches
((leurs chevelures folles touchent le vent
Ô liberté liberté gouffre étrange
Gloire d’une enfance ressurgie comme un spasme))
- Feuillages rutilants allées parallèles
Figures tombales dalles en cascades
Jardins inhospitaliers spongieux comme des fièvres
Fougères arborescentes jaillies de souches creuses –
Crypte caveau sépulcre nécropole
D’un héraldique tombeau pâle comme neige
S’écoule épais un vomi marmoréen
Quelque fièvre familière luxe d’agonie
Destinée d’hôpital aux tragiques mansardes
Morgues ultérieures entrouvertes occultes
Schizophrénie d’Héloïse dans les plis du rideau
Misère misère abstraite et hibernante
Misère morte nécrosante informe
Blanche et suintante comme une vieille lampe
Ô Vie ô ma Vie simple rumeur de pluie
Légère comme nymphéa fine comme roseau
Dans le rayon de la ténébreuse lucarne
Pitoyable destinée à contrejour je suis
Silhouette floue dans l’agonisante embrasure
Délaissé abandonné aux incessants rêves
D’un enfant mort de n’être jamais né
Tel un amas d’ immondices
Choyé par la lune
Je suis mais léger
Proche de la chevêche
Respirée par le ciel
Ainsi qu’ un tas de poussier
Délaissé à la bordure
D’une cité inaccessible
La nuit aussi
Je suis esseulé
Comme le vieux choucas
Enchainé à l’oubliette
Et qu’effrayent
L’obscurcissement et la monotonie
J’ai peur
Je connais les terreurs
Celle de ta tendresse
Celle de mes enfers aussi
Je suis ce hussard soupçonneux
Ce reitre d’autrefois
Ce condottière sans temps et sans prince
Ce forban des espaces lointains
Á l’ haleine de jus de chique
Ce bretteur toujours la main sur le sabre
Ce violeur d’ ancêtres édentées
Ou de putains chastes
Ce rôdeur de bas-quartiers
Á ne pas fréquenter
J’ offrirai cependant cette nuit de fortune
Á ma belle écuyère éblouie ruisselante
En rentrant mes serres ravalant mes crachats
Lui offrirai enfin comme pont de tendresse
Entre deux mirages d’antan
Mon épaule banale
Comme auberge ce soir
Dehors dedans
Dehors
Le vent la bise
- Abstractions célestes
Aux conformations nébuleuses du deuil -
Rodent sournois fantômes gris
A l’orée
Des livides frontières nordiques
Il charrient dans le ciel immense
Des odeurs de pourrissements étranges
Des bruits de camps et de pègre
Pleins de terreurs et de fumées
Dedans
Dans un bar
Une vieille au visage de pluie
Spirituelle et patiente
Tricote ses regrets
Tandis d’une garce
Pittoresque et vide
Tortille ses vallonnements mélancoliques
Et que sur ma table ronde
Ile mentale et morne
Ma main désœuvrée
Palpe un verre sale
A demi plein de gros rouge.


Dans la ruelle poudrée
de poussière dorée
une jolie fille glisse.
Sous sa chemisette
follets, deux tétons
dansent un ballet.
Il est entre ses cuisses
une bouche du bas
qui raconte la vie
au rythme de ses pas.
Oh! le joli texte
des talons qui claquent.
Ah! le beau costume
la belle musique, le beau décor
Et que l’artiste est belle.