
UNTITLED
Métempsychoses.
Ø
Dans l’ occulte cénotaphe de roche altérée
Tel le ballet rituel du géotrupe stagnant
Absorbé sous l’humus épais et qui suinte
Il repose agonisant et fantasque
Sa pensée décrit
Fiévreuse et étrange
De curieux et magiques récits
Narrant des morts discrètes
Des songes fastueux
Des beuveries royales
Des forêts englouties
Imputrescibles
Des cranes nécromants exhumés de la glaise
Mémoires souterraines
Masques glauques d’Anges jaillissant
De cryptes et de tombeaux.
Ø
Je crie la baie rouge et vénéneuse
-Fruit carminé archangélique et blasphématoire-
Du chèvrefeuille vernal
Je crie : minuit noir !
Lanterne écarlate !
Je crie sous la pluie mon atavisme de vieux sanglier
Je crie la terre et son odeur de cimetière mouillé
Je crie la fulgurance de l’épervier
Voleur d’œuf
Je crie le vent souffrant
Mémoire invisible
Je crie la déficience de l’ombre
Des fagots dans la cour
Et la beauté mystérieuse du signe
x
Gravé dans la pierre
Je pleure sur mes veilles étrangères
Au bout des nuits givrées transies
Je pleure les légendes amérindiennes
Les saisons torrides les orages mous
Je pleure
Je pleure l’herbe ambrée des périphéries suburbaines
Liserons de chiens où échouent les grillons
Je pleure le navire au giron pataugeant dans le bleu illimité
Farci d’ étrangers désabusés
Insensibles à leur fortune cachée
Je pleure
Je chante
Je chante l’anecdote
Les diamants broyés et les bidons perpétuels
La Vie longue qui s’enlise.
Je chante les tumultes millénaires
Et un Dieu qui perd pied dans les envasements des siècles
Je chante
Je chante les tôles rouillées indigences de ferrailles
Clochardes éparpillées
Trouées de déchirures
Où le vend froid fugitif
Siffle son timbre de sirène fanée
Je chante l’abîme d’Ulysse sur la route d’Ithaque
Au fin fond des détroits si lointain de Jadis
Je chante
Je chante les mouches éphémères et les étoiles fantasques
Les voyages manqués brisés dans les gares
Je chante l’asphalte où courent les innocents
Les rues de hasard bouleversantes dans leurs rencontres furtives
Je chante
Je chante les couteaux arrogants ensanglantés
Abandonnés dans les terrains vagues.
Je chante les pathétiques draps malpropres de l’anonyme migrant.
Je chante la jalousie cérébrale du danseur de charme
Je chante la brume mobile dans les ruelles et la bruine qui pointille les trottoirs
Je chante
Je chante l’angoisse grise au goût de fer
Je chante le rayon nocturne et sa quiétude infinie
Je chante la putréfaction de la mare et le chant des grenouilles
Je chante
Je chante le vide farouche de leurs destins aquatiques
Je chante aussi leur bonheur verdissant
Tournant à l’orangé quand dérive le soir.
Je chante
Je chante la jeune fille mélancolique qui se console
-Intime index humide et tâtonnant-
Auprès de la lampe
Je chante le vénérable et inaltérable
Graffito érotique tracé sur le mur
Je chante
Je chante enfin la pourpre souillure du sang du moustique écrasé
Et la goutte d’eau exacte qui pleure de l’œil du robinet.
Je chante
Angoisse subtile et fugitive démence
Pénombre dormante indéfinissable
Brume tour à tour
Hivernale et hors saison
Ô Vie si brève et latente
Destinée originale d’une contrée à la lumière pâle
Où je marche marche marche
Silhouette incendiée par le soir déclinant
C’est le temps des visages d’enfants
Transparents et obliques
Faces maigres et pâles
Comme des chemins enneigés.
Cet inaccoutumé migrant
-Sombre saltimbanque-
Nous appelle aux voyages silencieux
Litanies nocturnes et sensuelles
Musiques de proie
&
Nuits hurlantes
Dansotant dans les lisières où les roseaux frissonnent
-Et en amont des songes-
Sa forme se dessine
Ange chimérique ténébreux aux ailes de mousse
Il erre dans la splendeur pourpre
&
Luxuriante des enfers.